Les présentations de la grande traversée du Morvan donnent volontiers Autun comme terminus. Le Parc annonce un itinéraire qui va d’Avallon à « Luzy ou Autun ». Le tracé fédéral, lui, quitte le mont Beuvray vers le sud-ouest, passe par Mont et s’achève à Bourbon-Lancy. Autun n’y figure pas. Cherchez une balise du GR 13 en sortant de la ville : il n’y en a aucune.
Le chemin existe pourtant. Entre le sud d’Autun et les 901 mètres du Haut-Folin, une cinquantaine de kilomètres de sentier balisé blanc et rouge se suivent sans rupture, en deux jours de marche soutenue, trois pour qui veut regarder le paysage. Ils portent seulement deux numéros au lieu d’un, et la bascule se fait sur le mont Beuvray.
Deux numéros pour un même trait blanc et rouge
Le GR 13 relie le château de Fontainebleau à Bourbon-Lancy sur 423 kilomètres, à travers cinq départements. Sa portion morvandelle, de Saint-Père à Bibracte, compte 109 kilomètres : le lac du Crescent, Marigny-l’Église, Gouloux, le lac des Settons, les gorges de la Canche, l’ascension du Haut-Folin, puis Glux-en-Glenne. C’est cette section qui vaut au sentier sa réputation, et le Parc naturel régional du Morvan la décrit étape par étape.
Après Bibracte, le GR 13 file au sud-ouest. Sur le mont Beuvray, il croise le GR 131, qui part vers l’est jusqu’à Autun avant de repiquer au sud-ouest vers Issy-l’Évêque, 103 kilomètres en tout. Les deux itinéraires portent la même peinture et figurent dans le même topo-guide de la Fédération, le numéro 111, « Tour et traversée du Morvan ».
Au départ d’Autun, on marche donc une journée entière sur le 131 avant de toucher le 13. Personne ne s’égare pour autant, puisque le balisage ne change pas. Mais celui qui cherche « GR 13 » sur les panneaux de bifurcation ne le lira nulle part avant le Beuvray.
Étape 1 : d’Autun au mont Beuvray, une journée de GR 131
Le départ ne se prend pas au centre-ville mais à Couhard, au sud d’Autun, sous la pyramide gallo-romaine. Face à l’église, le chemin de la Cascade longe le bief : le GR 131 et le GR 137 le suivent ensemble jusqu’à la passerelle de la cascade de Brisecou. Là, le 137 s’en va vers Nolay et la Côte, le 131 vers le Morvan.
Comptez 32,5 kilomètres et un peu plus de huit heures de marche jusqu’au mont Beuvray, selon la fiche fédérale. Saint-Léger-sous-Beuvray, où la plupart des marcheurs coupent l’étape, arrive au bout de 25 à 26 kilomètres. Les sept derniers kilomètres montent sur l’oppidum, et ils se font mieux le matin que le soir.
Rien de technique dans cette journée. Le sentier ondule entre bocage et bois, alterne petites routes et chemins creux, et garde son dénivelé pour la fin : Autun est à 300 mètres, le sommet du Beuvray à 821.
Étape 2 : du mont Beuvray au Haut-Folin, le GR 13 pour de bon
C’est au Beuvray que l’on passe sur le 13, et la deuxième journée est la plus belle des deux. Depuis la porte du Rebout, le sentier redescend vers la D 18, traverse le hameau des Francillons, puis rejoint le site classé des sources de l’Yonne, au pied du mont Préneley. La boucle balisée qui relie Bibracte, Glux-en-Glenne, Saint-Prix et Saint-Léger-sous-Beuvray par le sommet mesure 39 kilomètres pour 1 166 mètres de dénivelé ; la montée depuis le Beuvray en occupe une vingtaine.
Après les sources, le sentier passe la D 300, suit la crête du Haut des Chaumes, croise la D 500, longe l’ancienne maison forestière du Bas-Folin et remonte par la route forestière de la Proie. La dernière pente, en forêt domaniale de Saint-Prix, est la plus raide de tout le parcours depuis Autun. Elle débouche sur un plateau de résineux où la piste de ski de fond de l’hiver sert de chemin le reste de l’année.
Le sommet se gravit aussi par d’autres versants, plus courts. Qui hésite sur le sens de marche gagne à lire d’abord le détail des accès au Haut-Folin.
Boire et manger entre Autun et le sommet
Le granite du Morvan retient mal l’eau, et les ruisseaux sont partout. Ils descendent tous de pâtures. L’eau se prend donc aux villages, et ils sont rares sur cette diagonale.
Saint-Léger-sous-Beuvray est le seul vrai point de ravitaillement du parcours. Les deux villages du sommet dépannent en eau, guère plus. Sur le plateau du Haut-Folin, il n’y a rien : les sources de l’Yonne sont un pré marécageux, pas un robinet.
| Où | Ce qu’on y trouve | Écart au sentier |
|---|---|---|
| Autun | tous commerces, gare routière | départ |
| Saint-Léger-sous-Beuvray | boulangerie, épicerie, bar-tabac, restaurant, boucherie le jeudi, gîtes | sur le GR 131 |
| Glux-en-Glenne, 87 habitants | de l’eau | sur le GR 13 |
| Saint-Prix, 201 habitants | brasserie artisanale, quelques artisans | 3 km |
| Plateau du Haut-Folin | rien | arrivée |
Le Parc le répète à chaque saison : vérifier les jours d’ouverture avant de partir, et charger un repas de secours. Dans des communes de cette taille, l’épicerie ferme le lundi, parfois davantage.
Trois carrefours où l’on se trompe
Le premier est le Beuvray, où deux blancs et rouges divergent. Vers le nord, le GR 13 monte au Haut-Folin ; vers le sud-ouest, il descend sur Larochemillay et Bourbon-Lancy. Se tromper de branche coûte une journée. La grammaire des balises du Morvan se relit utilement la veille.
Vient ensuite le sommet lui-même, qui déçoit ceux qui montent pour la vue. Le Haut-Folin est boisé de bout en bout et coiffé d’antennes. Le panorama est au Beuvray, 80 mètres plus bas, où le Grand Site de France Bibracte-Morvan des Sommets entretient trois boucles fléchées au départ du musée.
Reste le retour. Saint-Prix et Glux-en-Glenne n’organisent aucune navette, et le comité de tourisme de la Nièvre conseille, pour la sortie voisine, de réserver un taxi dès le premier jour du séjour. Le conseil vaut ici. Depuis Autun, la desserte ferroviaire de la ville impose de toute façon une correspondance par car.
Reconnaître le sommet quand on y arrive
Le point culminant du Morvan ne s’annonce par aucun panneau. Le repère est la borne IGN, plantée à quelques mètres de l’enceinte grillagée des antennes émettrices, sous le couvert. Elle marque les 901 mètres. Tant qu’on ne l’a pas vue, on est sur l’un des bombements du Bois du Roi : le Brûlé, tout proche, monte déjà à 882 mètres, et il y ressemble beaucoup.
Une seule carte papier couvre l’ensemble du parcours, la TOP 25 numéro 2824 OT, « Autun, mont Beuvray, PNR du Morvan ». Ceux qui coupent en deux jours liront aussi ce que le bivouac autorise dans le parc : la forêt domaniale de Saint-Prix n’obéit pas aux mêmes règles que les pâtures du Beuvray.