406 hectares. C’est la surface du site classé du lac réservoir des Settons, et sur ces 406 hectares la tente est interdite, même une nuit, même montée à la nuit tombée. Partout ailleurs ou presque dans le Morvan, elle est tolérée : une nuit au même endroit, montée après le coucher du soleil, rangée au lever, avec l’accord de celui à qui appartient le terrain. Tout l’écart entre les deux situations tient à trois articles du code de l’urbanisme et à une poignée d’arrêtés qu’on peut nommer.
Le parc ne réglemente rien, le code de l’urbanisme s’en charge
Beaucoup arrivent en pensant qu’un parc naturel régional fonctionne comme un parc national, avec ses zones de cœur et sa police. Faux. Un parc naturel régional est un projet de territoire porté par un syndicat mixte de communes, et il n’a aucun pouvoir de police. Le Parc du Morvan ne peut donc ni autoriser ni interdire le bivouac. Ce qu’il fait, c’est rappeler le droit commun dans une fiche pratique.
Ce droit commun est le code de l’urbanisme, et il ignore le mot bivouac. Il ne connaît que le camping. L’article R111-32 pose le principe : le camping se pratique librement, hors de l’emprise des routes et voies publiques, avec l’accord de celui qui a la jouissance du sol. La tente d’un randonneur relève du même texte que la caravane d’un vacancier. La tolérance dont bénéficie le bivouac n’est donc écrite nulle part : c’est le résultat d’une pratique assez discrète pour que personne ne vienne la contrarier.
L’accord du propriétaire, lui, est bel et bien écrit. Or la forêt privée domine dans le massif, les parcelles s’enchevêtrent, et rien au sol ne dit où l’une finit. Personne ne va frapper à une porte à 21 heures pour une nuit sous un hêtre. Dans les faits, la discrétion tient lieu de sauf-conduit. Une tente rangée avant que le propriétaire passe est une tente qui n’a jamais posé de problème.
Bivouac ou camping sauvage : la différence se voit de loin
Le Parc trace la ligne à sa manière, et elle est utile parce qu’elle décrit ce qu’un maire ou un garde voit en arrivant. Le bivouac, c’est une nuit à la belle étoile ou sous une tente basse où l’on ne se tient pas debout, montée après le coucher du soleil, rangée au lever, à l’écart des endroits découverts. Le camping sauvage, c’est un véhicule à côté, un emplacement peu ou pas aménagé au bord d’une route ou sur un parking, du matériel encombrant, plusieurs jours au même endroit.
Le droit met les deux dans le même sac. Sur le terrain, l’écart saute aux yeux : la trace laissée, la durée, l’encombrement. Un maire prend son arrêté après un été de canettes autour d’un plan d’eau. Jamais après une tente de deux kilos posée à la nuit dans un layon.
Trois sites classés, et le Haut-Folin est juste à côté
L’article R111-33 interdit le camping pratiqué isolément dans les sites classés, sauf dérogation de l’autorité administrative. Cette règle-là, tout le monde la répète. Personne ne donne la liste. Le massif compte trois sites classés, et deux tombent dans la partie sud que fréquentent les marcheurs partis d’Autun.
| Site classé | Communes | Classé en | Surface |
|---|---|---|---|
| Lac réservoir des Settons | Gien-sur-Cure, Montsauche-les-Settons, Moux-en-Morvan | 1937 | 406 ha |
| Mont Beuvray | Glux-en-Glenne, Larochemillay, Saint-Léger-sous-Beuvray | 1990 | 1 479 ha |
| Mont Préneley et sources de l’Yonne | Glux-en-Glenne, Villapourçon, Saint-Prix | 2000 | 890 ha |
Le lac des Settons est le plus fréquenté des trois, et le plus mal compris : le classement porte sur le lac et ses abords, pas sur la seule digue. Le tour du lac se boucle dans la journée, la nuit s’organise ailleurs.
Le cas du Haut-Folin demande plus d’attention. Le sommet lui-même, à 901 mètres sur la commune de Saint-Prix, échappe au classement. Le site classé du mont Préneley et des sources de l’Yonne mord en revanche sur Saint-Prix, c’est-à-dire sur une partie du plateau qu’on traverse en arrivant par le nord. On passe d’un versant autorisé à un périmètre interdit sans croiser le moindre panneau, parce qu’un site classé ne se balise pas au sol. C’est le piège le plus banal du massif.
Reste une confusion tenace. Le label Grand Site de France Bibracte-Mont Beuvray, renouvelé en août 2022, couvre près de 42 000 hectares sur douze communes, dont Saint-Prix, La Grande-Verrière, Roussillon-en-Morvan et La Comelle. Ce label récompense un paysage et une gestion, il n’interdit rien. Ce qui interdit, à l’intérieur de son périmètre, c’est le site classé du Mont Beuvray.
L’eau potable, les tourbières et l’arrêté du maire
Trois autres régimes se superposent aux sites classés. Plus petits, plus dispersés, beaucoup moins visibles sur une carte.
Le même article R111-33 interdit le camping dans un rayon de 200 mètres autour d’un point d’eau capté pour la consommation, et les lacs du massif alimentent une partie de la Nièvre. Autour du lac de Saint-Agnan, un arrêté préfectoral du 19 juin 1967 interdit le camping individuel pour protéger le réservoir des pollutions. Autour de Pannecière, l’arrêté de déclaration d’utilité publique du 15 décembre 2012 vise nommément la pratique ou la création de camping et de caravaning sur les communes de Chaumard, Corancy, Montigny-en-Morvan et Ouroux-en-Morvan. Le lac de Chamboux relève du même régime. Ces trois périmètres protègent une ressource en eau potable, et ils se défendent autrement qu’un panneau de bon voisinage.
Viennent les tourbières. La Réserve naturelle régionale des Tourbières du Morvan, créée par la Région le 13 novembre 2015 et cogérée avec la Société d’histoire naturelle d’Autun, protège douze sites pour 266 hectares, et son règlement y interdit le bivouac. Ce sont de petites surfaces, souvent des fonds de vallon spongieux où personne n’aurait l’idée de dormir. Elles portent des panneaux et des caillebotis : là au moins, on sait qu’on y est.
Restent les arrêtés municipaux, et c’est là que se jouent la plupart des mauvaises soirées. L’article R111-34 autorise un maire à interdire le camping hors terrains aménagés dans certaines zones de sa commune. L’article suivant pose une condition que presque personne ne connaît : l’interdiction n’est opposable que si elle a été portée à la connaissance du public par affichage en mairie et par des panneaux aux points d’accès habituels de la zone visée. Pas de panneau à l’entrée du chemin, pas d’interdiction opposable.
Aucun registre ne rassemble ces arrêtés à l’échelle du massif, et le Parc lui-même n’en cite qu’une poignée, autour des lacs. Il signale par exemple qu’aucun arrêté n’a été pris à Brassy, Marigny-l’Église ni Saint-Martin-du-Puy, au bord de Chaumeçon, tout en déconseillant le hameau de Plainefas après les nuisances de 2017. Déconseiller n’est pas interdire, et la nuance vaut d’être entendue dans les deux sens. La bonne question à poser en mairie tient donc en deux temps : avez-vous pris un arrêté sur ce secteur, et où est-il affiché ?
Une nuit en règle sans rien demander à personne
Depuis juillet 2023, la Maison du Parc à Saint-Brisson tient une aire d’éco-bivouac ouverte gratuitement, sans réservation. Deux modules de couchage en douglas local, un foyer, une toilette sèche, deux filets suspendus pour regarder les étoiles. Dix personnes au maximum, une seule nuit, arrivée après 18 heures et départ avant 9 heures : les horaires du bivouac, appliqués à un emplacement où la question du propriétaire est réglée d’avance.