Le Parc tolère la nuit, la forêt domaniale a ses règles, la préfecture ferme tout quand il fait sec. Avant de charger le sac pour deux nuits sur le GR 13, voici qui dit quoi, et l'équipement qui en découle.
Sous le sommet du Haut-Folin, la hêtraie s'arrête net et les épicéas prennent le relais. À 901 mètres, on est sur le toit du Morvan, à une journée de marche d'Autun par le GR 13. C'est là que l'idée vient : repartir avec la tente, dormir deux nuits dehors, rejoindre Glux-en-Glenne par les crêtes. L'idée est bonne. Encore faut-il savoir qui a son mot à dire sur l'endroit où vous dormez, parce qu'ils sont plusieurs, et qu'ils ne disent pas la même chose.
Ce que le Parc admet : la nuit, pas le séjour
Le Parc naturel régional du Morvan a publié une fiche pratique qui pose sa définition du bivouac : une seule nuit, une tente de petite taille qui ne permet pas de se tenir debout, montée après le coucher du soleil et rangée au lever. Le reste relève du camping sauvage, qu'il distingue nettement : un véhicule à proximité, plusieurs jours au même endroit, du matériel conséquent. Les règles complètes sont détaillées par l'office de tourisme Morvan Sommets et Grands Lacs, et elles tiennent en une phrase : le bivouac est autorisé avec l'accord du propriétaire du terrain, sauf sur les sites protégés.
La liste des exceptions se lit en entier. Le lac des Settons est un site classé : le code de l'urbanisme y interdit la pratique. Les rives des lacs qui servent de réserve d'eau potable sont fermées elles aussi, de même que les douze sites de la réserve naturelle régionale des Tourbières du Morvan. Les endroits les plus photogéniques du massif sont justement ceux où la tente n'a rien à faire.
Le Parc a ouvert une soupape : des aires d'éco-bivouac, gratuites, limitées à une nuit. Celle de Glux-en-Glenne compte deux cabanes, un foyer, des toilettes sèches et de l'eau potable à 500 mètres. Pas de réservation, on arrive le soir, on repart le matin avant 9 heures. Pour la deuxième nuit d'une traversée depuis Autun, elle tombe exactement au bon endroit.
Ce que la forêt et la préfecture ajoutent
Autour du Haut-Folin, vous marchez en forêt domaniale de Saint-Prix. Le régime y change : le terrain appartient à l'État, l'Office national des forêts le gère, et y camper suppose son autorisation. Personne ne viendra vérifier chaque tarp monté à la nuit tombée, mais la règle existe, et elle s'applique d'abord au feu. Le code forestier interdit de porter ou d'allumer du feu à l'intérieur des bois et jusqu'à 200 mètres de leur lisière quand on n'est pas propriétaire du terrain. Le ministère de la Transition écologique tient à jour ses consignes de prévention des feux de forêt, et le Morvan n'est plus épargné par les étés secs : quand le risque monte, la préfecture prend un arrêté et l'interdiction devient totale, réchaud compris sur certains territoires.
Un détail de la fiche du Parc mérite d'être lu deux fois : les interdictions municipales et préfectorales sont d'ordre public. Elles passent au-dessus de l'accord du propriétaire. Un agriculteur de la vallée de l'Arroux peut vous ouvrir son pré de bon cœur : si un arrêté couvre la zone, son oui ne vaut rien.
Trois logiques, et vous au milieu
Ces règles ne sortent pas du même raisonnement. Le Parc regarde le milieu : une nuit discrète n'abîme rien, il l'écrit et il l'assume. Le gestionnaire d'eau ne voit que son réservoir : une rive souillée se paie au robinet, donc personne ne dort au bord. Le préfet, lui, pense incendie, et un massif forestier sec ne pardonne pas une flamme. Trois métiers, trois cartes des interdits, et aucune ne recouvre les autres.
Le randonneur qui veut faire les choses proprement n'a pas à arbitrer entre les trois. Il vise une aire d'éco-bivouac quand son étape le permet, et sinon il frappe à une porte, demande pour la nuit et pose la question du réchaud dans la même phrase. Dans les hameaux d'Anost ou de Glux-en-Glenne, la démarche n'a rien d'exotique : les habitants voient passer le GR 13 toute la belle saison.
La météo du massif, avant de fermer le sac
Les chiffres du Parc sur le climat du massif se lisent avant de faire le sac : 1 000 mm de pluie par an en moyenne, plus de 1 600 mm sur les sommets, des gelées d'octobre à février, 10 °C de moyenne annuelle. Le Morvan n'est pas la montagne, il en a pourtant les nuits. En plein été, le thermomètre descend sous les 10 °C au Haut-Folin ; dès septembre, un sac donné pour 0 °C en température confort n'a rien d'excessif.
La pluie commande l'autre moitié du choix. Un abri qui se monte vite sous l'averse et un double-toit qui tient une nuit d'eau valent mieux qu'une tente légère pensée pour la Provence. Le tapis de sol se double volontiers : les sous-bois du massif restent humides longtemps après la dernière pluie.
Deux nuits sur le GR 13 : le sac, poste par poste
L'itinéraire type part d'Autun, dort vers Anost, passe le Haut-Folin et finit à Glux-en-Glenne, sur l'aire d'éco-bivouac. Le GR 13 traverse le massif sur 176 km entre Avallon et Luzy, avec des étapes de 10 à 30 km selon le relief ; notre tronçon en prend deux, soutenues mais faisables pour un marcheur régulier. Ceux qui préfèrent les boucles à la journée trouveront leur compte dans les sentiers de l'Autunois, sans sac de quinze kilos.
| Poste | Ce qui compte | Le piège |
|---|---|---|
| Abri | Tente basse ou tarp, montage rapide sous l'averse | La tente haute, hors définition du bivouac |
| Couchage | Sac confort 0 à 5 °C, matelas isolant | Se fier à la température extrême du sac |
| Eau | 2 litres au départ, filtre pour les ruisseaux | Compter sur les crêtes, qui n'ont pas de source |
| Cuisine | Réchaud à gaz, posé sur un sol nu | Toute flamme au sol, interdite près des bois |
| Énergie | Batterie externe de 20 000 mAh | La station lourde portée dans le sac à dos |
L'abri d'abord : une tente basse ou un tarp, et pas seulement pour le poids. La définition du Parc admet la tente où l'on ne tient pas debout ; la tente familiale qui se voit à 500 mètres n'entre pas dans le cadre. Le couchage suit la météo décrite plus haut : sac confort 0 à 5 °C, matelas isolant, bonnet. Pour l'eau, le massif est généreux mais les crêtes sont avares : deux litres au départ de chaque étape et un filtre pour les ruisseaux règlent la question, avec le point d'eau de l'aire de Glux-en-Glenne en filet de sécurité. La cuisine se résume à un réchaud à gaz manié loin des aiguilles sèches, puisque le feu au sol est interdit à peu près partout où le sentier passe.
Reste l'énergie, le poste que tout le monde sous-estime depuis que le téléphone sert de carte. Deux nuits sans prise, avec le GPS qui tourne et la frontale le soir : une batterie externe de 20 000 mAh, 350 grammes, couvre l'ensemble avec de la marge. Ceux qui organisent plutôt un camp de base depuis un parking, glacière et batteries de VTT à recharger, regardent une autre catégorie de matériel : le test de la Bluetti AC180 montre ce qu'une station de 16 kilos et plus de 1 000 wattheures recharge réellement sur un week-end, et ce qu'il ne faut pas lui demander. Elle reste dans le coffre, pas dans le sac.
Au matin de la deuxième nuit, la règle du Parc redevient la meilleure des boussoles : plié avant le lever du soleil, aucune trace et l'endroit rendu plus propre qu'on ne l'a trouvé. Le bivouac reste toléré ici parce que ceux qui le pratiquent savent s'effacer ; ne soyez pas celui qui fera prendre l'arrêté municipal.