Sport Nature AutunL'Autunois-Morvan, vu du terrain
Chaos de blocs de granite arrondis dressés au-dessus d'une lande de bruyère et de genêts

Les rochers du Carnaval et la pierre qui croule d'Uchon

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« Site classé depuis 1941 » : la mention figure sur toutes les fiches touristiques du massif et laisse croire à un espace protégé d’un seul tenant. L’arrêté de 1941 portait sur 11 hectares, soit un seul chaos de rochers. La pierre qui croule, elle, était protégée depuis 1909, par un autre texte et sur une autre commune. Depuis juillet 2026, il n’y a plus qu’un périmètre. Il fait 622 hectares.

Ce que le décret de juillet 2026 a changé

Le décret n° 2026-680 du 27 juillet 2026 classe « le massif d’Uchon et ses chaos légendaires » sur Uchon, La Tagnière et Saint-Symphorien-de-Marmagne. Il abroge les trois arrêtés qui se partageaient le massif : 1909 pour la pierre qui croule, 1940 pour la vieille église et les ruines du château, 28 juillet 1941 pour les rochers du Carnaval. Sept ans d’instruction, menés par l’inspection des sites de la DREAL.

Deux motifs ont été retenus : le pittoresque et le légendaire. Le second est rare dans un dossier de classement : il repose sur une étude ethnologique commandée à la Maison du patrimoine oral de Bourgogne.

Rien ne change à l’entrée : accès libre et gratuit toute l’année, sur des terrains privés. Le reste se joue en amont. Tout aménagement passe désormais par l’État, et la coupe de bois continue à condition de garder le couvert feuillu et d’épargner chaos et points de vue.

Lesquels se voient depuis le sentier

Du parking au pied du chaos, il y a 250 mètres. Le Mammouth et le Nez de Chien sont là, dans le demi-kilomètre aller-retour annoncé partout.

Les deux autres rochers célèbres ne sont pas là. La Griffe du Diable occupe le Mont Julien ; la pierre qui croule se tient à l’orée du bois d’Escrots, sur La Tagnière, presque trois kilomètres plus loin. Le petit circuit d’Uchon les relie : 8,8 kilomètres, 236 mètres de dénivelé, trois heures au départ de l’auberge de la Croix Messire Jean. Rien ne l’indique au parking. C’est ce qui fait repartir les visiteurs persuadés d’avoir tout vu.

RocherDepuis le chaos du Carnaval
Le Mammouth, le Nez de Chiensur place
La Griffe du Diable (Mont Julien)1,5 km
La Pierre qui croule (bois d’Escrots)2,7 km

Pourquoi ces boules tiennent debout

Le granite d’Uchon a cristallisé il y a 310 à 305 millions d’années, à quatre kilomètres sous une chaîne de montagnes qui dépassait les six mille mètres. Refroidi lentement, il porte de gros cristaux blancs de feldspath, ceux que le pays appelle des dents de cheval.

En profondeur, la roche s’est fendue selon un réseau de diaclases presque orthogonal qui l’a débitée en cubes. L’eau s’est engouffrée dans les fentes et a hydrolysé feldspaths et micas : ils tournent en argile, le quartz reste, le granite se défait en sable grossier, l’arène. L’attaque mord les arêtes plus vite que les faces planes, si bien que chaque cube s’arrondit sur place, emballé dans son propre sable. Le ruissellement a emporté l’arène et laissé les boules à nu, au terme de plus de cinquante millions d’années. Rien n’est tombé ni n’a roulé. Les blocs occupent la position qu’ils avaient sous terre, comme le décrit l’atlas des paysages du parc du Morvan.

La pierre qui croule poussait le principe plus loin. Huit mètres de large, deux mètres trente de haut, plus de vingt tonnes, et elle oscillait du nord au sud sous la poussée d’une main : le granite du socle s’était décomposé partout sauf aux points de contact, qui formaient un pivot naturel légèrement oblique. Au XIXe siècle on la consultait sur la fidélité des épouses, la femme mettant la pierre en branle et le mari comptant les oscillations. En 1869, des hommes du pays sont montés au bois d’Escrots avec des cordes, une paire de bœufs et des leviers. Ils l’ont déplacée de quelques centimètres. Elle n’a plus bougé.

Ce que la vue donne, et ce qu’elle perd

Le belvédère porte sur le bocage de l’Arroux et le Morvan, et par ciel lavé jusqu’à la chaîne des Puys. C’est ce qui vaut le déplacement. Le champ se referme.

La fiche du site classé le dit sans ménagement : faute d’entretien, le Carnaval a perdu de sa qualité paysagère depuis son classement. Les pelouses sèches se referment en lande à genêts, chênes et châtaigniers poussent sous les rochers et bouchent la vue sur le bocage de piémont. La restauration revient au Conservatoire des sites naturels de Bourgogne : débroussaillement, coupe, pâturage ovin envisagé. Le décret de 2026 impose de préserver les points de vue ; l’entretien cesse de reposer sur une simple convention.

À quoi Uchon se compare

Trois chaos granitiques font référence en France : Ploumanac’h en Bretagne, le Sidobre dans le Tarn, Uchon. Le Sidobre couvre des milliers d’hectares et vit encore de sa pierre, Ploumanac’h se visite en bord de mer sur du granite rose. Uchon est le plus petit, et le seul qui se traverse en une demi-journée.

Dans le Morvan, la comparaison qui revient est le Haut-Folin : deux cents mètres plus haut, boisé jusqu’au sommet, sans vue. Le GR 13 passe près du signal d’Uchon avant de filer vers lui. Pour une demi-journée au départ d’Autun, à vingt kilomètres, la vue s’obtient ici en cinq minutes de marche, et nulle part ailleurs dans le massif.